Le journal d’un fou

DE NIKOLAÏ GOGOL
MISE EN SCÈNE ANDONIS VOUYOUCAS 
CRÉATION MAISON
THÉÂTRE MUSIQUE

INTENTIONS

Le journal d’un fou est l’itinéraire d’un fonctionnaire médiocre, pauvre, sans réelle instruction, qui subit sa vie au lieu de la vivre. Une seule issue pour lui à ce marasme quotidien : s’échapper par la folie.
Aimer alors jusqu’à l’obsession une femme inaccessible, devenir un des grands de ce monde, comprendre le langage des animaux… !
Entre déchirure et fou rire, Gogol nous renvoie à nos propres fantasmes, à nos rêveries les plus absurdes – surtout quand elles côtoient le réel, celles qui permettent de supporter les moments gris, monotones et sans perspectives qui peuvent faire une vie.
Son humour, qui faisait tant rire Pouchkine, rappelle Beckett, dans un monde où l’individu est écrasé. Du XIXè siècle au XXIè siècle, le personnage du « fou » reste d’une actualité déconcertante.
On souffre, on rit, on se questionne.
Tout repose sur l’acteur, seul personnage « réel », accompagné ici d’une chanteuse, incarnant par la voix l’un de ses rêves fous, l’une de ses obsessions, celle qui lui sera fatale…

« La vie est un songe »

Le rêve éveillé peut mener jusqu’à la folie. Mais le rêve éveillé concerne tout le monde. Le fil qui sépare la vie « normale » de la « folie » est tellement mince. Fantasmer sur la vie, son siècle, l’amour…
Je me souviens, enfant d’un quartier pauvre à Athènes, les uns se rêvaient grands footballeurs, d’autres savants… et les rédactions à l’institut français d’Athènes proposaient comme sujet : « quel personnage de l’histoire voudriez-vous être ? » – « Roi d’Espagne, pardi ! » claironne notre cher fou Auxence Ivanovitch Poprichtchine.
Et vous ?

En 2007, quand Andonis Vouyoucas m’a appelé pour me proposer le rôle de Sganarelle dans « Le Médecin malgré lui »,
j’ai trouvé amusant qu’il projette sur moi un personnage alcoolique, violent et affabulateur… et puis voilà qu’en 2011, il me propose Le Journal d’un fou.
Là, j’ai senti une sourde inquiétude m’envahir en me demandant ce qu’il avait bien pu voir en moi pour me tendre un personnage qui sombre dans la folie, écrasé par un système qui ne lui laisse aucune liberté « d’être »…

Alors j’ai fantasmé une réponse à cette question ; je me suis dit qu’il avait dû réussir à lire en moi ce désir de révolte face à notre société qui s’oublie. Une société qui reste bouche bée devant un vieil homme qui crie « Indignez-vous ! ».

Une société où l’individualisme est prôné comme une vertu et la solitude qui en résulte comme un échec.
Aussi me tarde-t-il, à l’heure où j’écris ces quelques lignes, d’être en répétition face à Andonis, pour vérifier si mes fantasmes sont à la hauteur de sa folie à lui.
Une folie ô combien nécessaire chez les artistes et qui, seule, nous permet d’inventer.

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